| D'ordinaire, l'Opéra de Sydney accueille des spectacles lyriques ou des ballets, salués en règle par une assistance bien élevée. Mais d'ici quelques jours, les choses risquent de se corser un peu sur scène. Avec une série de conférences aux titres provocateurs, tels que "Oui, au travail des enfants, non, au salaire minimum", ou encore "Améliorez génétiquement l'humanité ou préparez-vous à l'extinction", il ne serait pas étonnant de voir le public se fâcher tout rouge. C'est d'ailleurs le but de la manifestation. Les 3 et 4 octobre, l'Opéra lance son premier Festival des idées dangereuses. Au programme, des sujets variés allant de la polygamie à la vie sans dieu, et 50 conférenciers venus du monde entier. Pour l'institution, étrangeté architecturale dont la construction avait suscité l'émoi dans les années 1960, c'est une nouvelle provocation finalement plutôt logique. "L'Opéra a été un lieu de réflexion et d'innovation depuis le début, affirme son directeur, Richard Evans. On a voulu changer, sortir du politiquement correct. Cela risque d'être animé", promet-il. Le journaliste britannique Christopher Hitchens expliquera pourquoi "la religion empoisonne tout", contredit plus tard par le conservateur archevêque de Sydney. Le leader aborigène Gary Foley démontrera, à guichets fermés, l'idée que le génocide des Aborigènes sera achevé d'ici cinquante ans, tandis que d'autres célébrités nationales ou internationales plaideront pour la légalisation des drogues, le retour à la conscription ou l'abandon du système des retraites pour tous. Le Festival, premier de ce type aux antipodes, présente un exercice intéressant pour les conférenciers. "Les médias ont tendance à pratiquer le sensationnalisme. Il est difficile de ne pas être caricaturé lorsqu'on présente une idée différente", soutient Keysar Trad, l'un des représentants de la communauté musulmane en Australie, invité pour louer la polygamie comme valeur nécessaire en Australie. Dans un pays où les projets de construction d'écoles musulmanes suscitent souvent la controverse, le rendez-vous s'avère périlleux. "Améliorer la race humaine" Tout comme le débat sur la nécessité de l'amélioration génétique, proposé par le professeur Julian Savulescu, directeur du centre d'éthique de l'université d'Oxford. "Etant donné les risques technologiques qui nous menacent maintenant, et les limites de la race humaine, il est nécessaire de considérer scientifiquement la façon d'améliorer la race humaine. Mais les gens n'aiment pas l'entendre", affirme-t-il. L'Opéra attend 10 000 spectateurs pour l'occasion, et espère faire du Festival un événement annuel. "Il n'y a pas assez de débat public ici. C'est à nous de le faire avancer", soutient Richard Evans. "C'est positif. Car ici nous manquons de médias présentant des opinions très différentes", abonde Jeremy Moss, sociologue et directeur du Centre de justice sociale de l'université de Melbourne. Les idées dangereuses feront-elles réellement leur chemin, une fois fermées les portes de l'Opéra ? "C'est mon travail de venir discuter. Mais, honnêtement, je ne suis pas sûr que cela ait réellement un impact", considère déjà Julian Savulescu. Marie-Morgane Le Moël (Sydney, correspondance) |